Le Molodoï, Strasbourg
Le 5 septembre 2026
Tant qu'il y aura un plateau, nous recommencerons.
Manifeste pour un Festival Perpétuel
Tant qu’il y aura un plateau, nous recommencerons.
Nous sommes là.
Au cœur de la crise. Pas après. Pas à côté. Dedans.
Des théâtres ferment. Des saisons se réduisent.
Des spectacles sont reportés, empêchés, abandonnés.
Et tandis que nos espaces se raréfient, le fascisme, lui, gagne du terrain.
Nous ne voulons plus attendre. Nous refusons de regarder nos gestes disparaître sans bouger. Nous voulons agir. Agiter. Faire avec ce qui reste.
Une date. Un lieu. Cinq jours de travail. Six metteur·euse·s en scène.
Dix-huit interprètes. Une scénographe. Un créateur lumière.
Nos outils. Une contrainte commune.
C’est ainsi que tout commence.
Nous sommes vingt-six artistes. Vingt-six histoires. Vingt-six fatigues. Vingt-six manières de chercher comment tenir encore debout.
Aujourd’hui, nous choisissons de coopérer face à la solitude qu’on nous impose. Nous apportons avec nous nos habitudes, nos fidélités, nos désirs, nos désaccords, nos méthodes, des bouts de décors, des façons de faire…
Et nous livrons tout cela au hasard et au jeu.
Le hasard nous mélange. Il défait les réflexes.
Il provoque des rencontres. Il ouvre l’inattendu.
Notre protocole :
Un sujet commun : la date du jour. Ici : le cinq septembre.
Un jour, un mois, l’année est libre. À chacun·e d’ouvrir les couloirs du temps.
Six metteur·euse·s en scène.
Six propositions de vingt minutes.
Des équipes constituées par tirage au sort.
Un espace commun et modulable.
Une boucle lumineuse qui reprend toutes les vingt minutes.
Des sons uniquement produits depuis le plateau.
Trois cycles de deux heures : Six heures de performance.
Un prix d’entrée libre et conscient.
Le public pourra entrer, sortir, rester, revenir.
Le théâtre montrera ses coutures. Ses outils. Sa fabrique. Ses fulgurances.
Ses accidents.
Le plateau ne sera à personne. Nous proposerons des formes, puis nous passerons le relais.
Chaque acte sera éphémère. Un moment partagé. Une forme vouée à disparaître. Nous en garderons une trace, non pour sauver ce qui fut,
mais pour contaminer ce qui vient.
Le lendemain, nous nous retrouverons. Nous parlerons de ce qui a eu lieu.
De ce qui a échoué. De ce qui résiste. De ce qui pourrait naître ensuite.
Et nous inventerons les règles du prochain acte.
Car le protocole est fait pour être mouvant.
Une seule règle demeure : jouer avec la date du jour. Le reste pourra être repris,
abandonné, contredit, transformé.
Quelques semaines plus tard, nous – ou d’autres – reprendrons le geste. Puis encore quelques semaines… Et ainsi de suite.
Pour que le mouvement demeure.
Le Festival Perpétuel n’appartient pas à celleux qui le commencent.
Nous en sommes les premier·es dépositaires.
Il appartiendra à toutes celles et ceux qui voudront le poursuivre, le déplacer,
le contredire, le transformer.
Ceci est aussi un appel. À d’autres équipes. À d’autres artistes. À d’autres lieux.
À celles et ceux qui refusent l’immobilité.
Nous ne promettons rien.
Nous ne réparerons pas le monde.
Nous affirmons seulement ceci : dans ce monde qui s’effondre,
nous pouvons encore ouvrir un passage.
Ensemble.
Et cela suffit pour recommencer.

